(Message PNJ)
Le petit groupe manqua d’être enseveli lorsqu’un pan entier de mur s’écroula devant eux, inondant le couloir de poussière et de glace. L’éclairage crépitait et le sol vibrait régulièrement. De la vapeur s’échappait de tuyaux fendus et le plafond cristallin semblait se fissurer de plus en plus dangereusement. Un opérateur annonça à travers l’intercom que les dernières défenses externes avaient été vaincues et qu’il fallait désormais se préparer à l’invasion imminente de la base. Il voulut rajouter quelque chose mais les haut-parleurs se turent brusquement sous une nouvelle détonation. Les huit Olians firent précipitamment demi-tour et empruntèrent un passage secondaire surplombant une impressionnante crevasse. Emmitouflé dans sa combinaison des neiges, le Grand Roi Khalys suivait difficilement ses Gardes royaux qui ouvraient la marche, armes dégainées. Son assistant était à bout de souffle et il trébucha sur un câble détaché.
"Relevez-vous, nous n’avons pas de temps à perdre ! s’écria le capitaine des gardes en ouvrant un sas dans la paroi.
Deux gardes fermèrent alors la marche, aidant l’assistant à se relever. La situation était critique. La dernière explosion, plus violente que les autres, devait signifier que la porte principale venait d’être détruite et que les troupes d’assaut de l’Hégémonie étaient en train de pénétrer dans la base. Le temps leur était compté. Il restait encore du chemin à parcourir pour rejoindre le bunker de sécurité et ils ne cessaient d’être ralentis par les événements. Les gardes, impassibles derrière leurs armures blanches, étaient malgré tout inquiets par l’efficacité redoutable des troupes du Praetor. S’ils continuaient à ce rythme-là, ils seraient sur eux dans très peu de temps. Soudainement, un nouveau choc détacha un bloc de glace du plafond qui s’écrasa violemment sur l’assistant de Khalys, le tuant sur le coup. Le Roi sursauta et fut aussitôt entraîné par ses protecteurs dans une nouvelle galerie. Au loin, on pouvait déjà entendre le crépitement d’armes à plasma. La tension monta d’un cran lorsque l’accès qu’ils venaient d’emprunter s’effondra à moitié derrière eux.
"Nous y sommes presque, lança le capitaine.
Ils franchirent encore plusieurs sas et traversèrent un salon de repos en ruines avant d’arriver enfin devant la porte du bunker. Plusieurs officiers s’y étaient déjà réfugiés et le Roi poussa un soupir de soulagement une fois protégé par les épais murs blindés de l’installation. Les gardes se précipitèrent sur les différentes consoles de contrôle, prenant connaissance de l’avancée de leurs adversaires.
"Le Maréchal Mojic n’est pas avec vous ? interrogea Khalys avec anxiété.
- Il a malheureusement été tué lorsque le centre de commande a été touché, Majesté, répondit un officier avec un air épuisé. Nous sommes très peu à avoir pu rejoindre le bunker en vie...
- Gardes, où sont nos ennemis ? demanda-t-il.
- Ils se rapprochent, Majesté. (Le Roi s’approcha de la console des caméras, blême.) Apparemment, ils utilisent des droïdes d’assaut pour enfoncer nos barrages puis leurs soldats se chargent du reste. (Il marqua une courte pause.) Je pense qu’ils seront là dans quelques minutes...
Le bunker ayant été conçu pour résister aux bombardements orbitaux, ils ne devraient leur salut que grâce à la résistance des blindages. Aucune arme défensive n’avait été installée, et par conséquent, leurs adversaires n’avaient plus qu’à défoncer la lourde porte pour les atteindre.
Un silence angoissant s’installa progressivement, et quelques instants plus tard, les troupes de l’Hégémonie étaient à leurs portes. Les caméras furent subitement coupées et les Royalistes se retrouvèrent complètement isolés. A l’extérieur, les imposants droïdes d’assaut avaient tenté de pulvériser la porte, en vain. Etrangement, les soldats n’avaient pas bougé et semblaient attendre patiemment quelque chose. C’est alors qu’on apporta un impressionnant canon portatif qui, une fois installé, se mit lentement à découper la porte avec un puissant faisceau laser. Après plusieurs minutes de découpe, la porte s’effondra et les troupes de l’Hégémonie mitraillèrent l’intérieur du bunker, criblant la salle de contrôle d’impacts. Les officiers furent les premiers à tomber. Le Roi se réfugia derrière une table que l’on retourna et les Gardes royaux ripostèrent du mieux qu’ils purent. Protégés par leur épais blindage, les droïdes d’assaut pénétrèrent dans la pièce dévastée sous les tirs continus des Royalistes. Deux droïdes furent touchés mais ils furent instantanément remplacés par deux nouveaux. Les gardes s’écroulèrent uns à uns et bientôt il ne resta plus que le Roi, recroquevillé derrière sa table. Le calme revint aussitôt. Les soldats investirent les lieux et tirèrent le Roi de son abri. La scène était prenante. De la fumée s’échappait de certaines consoles, des cadavres jonchaient le sol métallique un peu partout et la table était trouée de tirs. On le fit sortir et il traversa l'unique couloir qui menait au bunker, le plus dignement possible bien qu’il était intérieurement terrorisé, sous les regards pesants des nombreux soldats anonymes. On le conduisit vers une ancienne salle d’audience jouxtant l’entrée principale. En chemin, il ne put que tristement constater l’étendu des dégâts. Quelques prisonniers avaient été faits, en majorité des membres de sa cour, mais la plupart de ses subordonnés étaient morts. Une partie de la salle d’audience était engloutie par les glaces, mais elle restait relativement accessible par rapport aux autres niveaux de la base. Lorsqu’il aperçu l’imposante silhouette qui l’attendait en lui tournant le dos, il fut pris d’un profond malaise et frissonna.
"
Kurts, souffla le Roi dans un murmure étouffé.
Le Seigneur Kurts, la Voix du Praetor, se tourna posément vers lui, le visage dissimulé sous une ample capuche noire. Il était vêtu d’une élégante bure sombre - qui rappelait par certains aspects celles des Guerriers du Silence - portée par-dessous une longue cape de même couleur, attachée par un discret fermoir en argent. Khalys n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer en personne ce sinistre personnage et les rumeurs qui courraient à son sujet lui donnait un côté encore plus intimidant. En réalité, il en avait
peur.
"Votre Majesté, fit la voix grave et caverneuse, presque métallique, de Kurts. Quelle agréable surprise. (Il avança lentement vers ce dernier qui tenta de reculer, mais il fut bloqué par les soldats.) Vous me voyez navré de tout ce carnage, mais vous ne nous avez pas facilité la tâche. Trouver ce monde perdu n’a pas été une chose aisée, mais l’inexpérience de vos laquais vous a trahi. Je vais maintenant mettre un terme à votre misérable existence, éliminant ainsi la menace que représente votre mouvement de fanatiques sur notre gouvernement.
- Vous...vous...vous ne pouvez pas...vous n’avez pas le droit ! balbutia Khalys en tentant une nouvelle fois d’échapper à cet homme. Et...et mon procès ?... Et la justice dans tout ça ?... Je...
- Vous n’êtes plus rien, Majesté, coupa implacablement Kurts en l’attrapant de sa main gantée par le cou. Votre règne va maintenant s’achever, comme il aurait du s’achever depuis bien longtemps.
Khalys, littéralement soulevé du sol, essaya de se débattre de toutes ces forces, d’implorer la pitié de cet homme sans âme, mais la pression phénoménale de cette main sur sa gorge était telle qu’il ne put bientôt plus prononcer ni émettre le moindre son. Seul un bref craquement émana de son corps avant qu’il ne soit brusquement rejeté par terre, inanimé. C'en était définitivement fini pour Naarhos'em Khalys.
La Voix du Praetor fit alors signe à un des soldats.
"Caporal, informez le Praetor que le Grand Roi Khalys ainsi que les Royalistes ne sont plus.
Sa mission étant accomplie, il quitta la salle dans un claquement caractéristique de bottes et regagna sa navette, laissant le soin à ses hommes de terminer les dernières fouilles sur Livaar IX.
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